Actualité Une fenêtre sur le cœur des volcans

À quand remontent les origines des carrières dans la Chaîne des Puys ?

Pierre Boivin : Les premières traces visibles de l’utilisation de ces matériaux volcaniques par l’homme datent de l’époque gallo-romaine. Dans la carrière du cratère Kilian, à côté du col de Ceyssat, se trouvait la roche (un trachyte) qui a servi à bâtir le temple de Mercure au IIe siècle après Jésus-Christ, mais aussi à créer des urnes funéraires et des sculptures. Puis, à l’époque mérovingienne, un grand nombre de carrières ont été ouvertes dans les dômes pour en extraire des sarcophages. Dans ces périodes anciennes, d’autres carrières ont probablement servi à la fabrication de meules à grain domestiques.

Comment étaient extraits ces matériaux ?

Pierre Boivin : Dans le cas de Volvic, le cœur des coulées de lave du puy de la Nugère est la partie la plus intéressante pour être exploitée. Son extraction a commencé au XIIe siècle. Les hommes ont creusé des galeries pour aller chercher directement la pierre. Puis, ces carrières souterraines n’étant plus rentables, elles ont été abandonnées pour être remplacées par des carrières à ciel ouvert. La pierre de Volvic a servi à bâtir la basilique de Riom, la cathédrale de Clermont, de nombreux bâtiments mais aussi des sculptures, des monuments funéraires puis des pièces pour l’industrie chimique. Quant aux anciennes galeries, elles sont devenues des zones d’habitat privilégié pour les chiroptères (les chauves-souris).

Christine Montoloy : Aujourd’hui, la pierre de Volvic, tout comme celle de Chambois, est utilisée pour des monuments, des sculptures, des parements et, de plus en plus, dans la décoration intérieure : plans de travail en lave émaillée, éléments de salle de bain, parquets, tables, assiettes, etc.

Et pour la pouzzolane ?

Christine Montoloy : La pouzzolane de la Chaîne des Puys a une qualité inégalée en Europe. Elle est très prisée dans le secteur de l’industrie pour la filtration des eaux, en particulier dans les stations d’épuration, la filtration des odeurs. Elle est aussi utilisée dans l’agriculture, l’horticulture, pour les équipements sportifs, pour la fabrication de parpaings, pour traiter les routes en hiver, pour réduire la part d’hydrocarbures dans les composants de l’industrie chimique…

Pierre Boivin : Elle est exploitée depuis longtemps car elle est très facile à extraire : il suffit d’une pelle et d’une brouette. A la fin du XVIIIe siècle, elle était utilisée pour empierrer la route de Limoges. Son exploitation a explosé après la seconde guerre mondiale car on avait besoin de beaucoup de matériaux pour reconstruire les villes détruites, notamment en Normandie.

Les carrières se sont donc multipliées après la guerre ?

Christine Montoloy : Vers 1970, on en comptait environ 60 dans la Chaîne des Puys sur un total de 121 carrières dans l’ensemble du département. Comme la pouzzolane est très facile à exploiter, les volumes diminuaient vite…

Pierre Boivin : Dans les années 60, le professeur Pierre Lapadu-Hargues et d’autres universitaires et géologues ont alerté le préfet sur le grignotage des puys, en particulier celui de la Vache, par les carrières. Ils ont obtenu que ces exploitations soient arrêtées au nom de la science et de l’intérêt patrimonial des volcans. Leurs démarches ont contribué à la création du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne en 1977.

Photo : Denis Pourcher

Quelles actions ont été menées par le Parc ?

Christine Montoloy : La première a consisté à arrêter la carrière du puy de la Vache à la fin des années 70. Il a fallu 2 ans pour retrouver tous les propriétaires et faire cesser l’exploitation. Sans quoi, le puy de la Vache n’existerait peut-être plus aujourd’hui ou très partiellement. En 1995, nous avons recensé près d’une centaine de carrières de pouzzolane, de taille très variable, entre le Gour de Tazenat et le puy de l’Enfer. Parmi elles, seulement 5 étaient en activité. Jusqu’en 1999, le Parc a mené un programme de réhabilitation de certaines de ces anciennes carrières : mise en sécurité, insertion paysagère, valorisation pédagogique…

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Christine Montoloy : Depuis 1993, la réglementation sur les carrières a évolué : une étude d’impact avec enquête publique est obligatoire pour toute ouverture ou extension de carrière. Les carriers doivent également réaménager les sites qu’ils exploitent, garanties financières à l’appui. Actuellement, dans la Chaîne des Puys, en plus des 11 petites carrières de pierre de taille, 3 carrières de pouzzolane sont en activité. Elles sont implantées sur 2 sites, le puy de la Toupe et le puy de Ténusset. Avec les services de l’Etat, le Parc des Volcans a accompagné les projets de réhabilitation de ces carrières de pouzzolane : lorsqu’elles ne seront plus exploitées, elles reprendront une forme de cratère rappelant celles des volcans de la Chaîne des Puys.

Ces carrières présentent un intérêt géologique ?

Pierre Boivin : Ce sont des fenêtres exceptionnelles pour l’étude et l’enseignement de la volcanologie. Au début des années 1970, le volcanologue Guy Camus s’est appuyé sur ses travaux d’observation et d’analyse dans les carrières de la Chaîne des Puys pour établir l’ordre d’apparition de ces volcans et caractériser les différents types d’éruption. Sans les carrières, il aurait fallu qu’il creuse des tranchées un peu partout pour obtenir des résultats moins probants et cela aurait coûté cher. Par ailleurs, toutes les publications récentes sur la Chaîne des Puys se sont appuyées sur les carrières, en activité ou non. Et, enfin, nous avons le cas exceptionnel de Lemptégy qui a été transformé en site pédagogique : ce n’est plus une carrière mais un volcan à ciel ouvert.